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Remco Evenepoel, le prodige belge de 25 ans, a une nouvelle fois prouvé qu’il fait partie de l’élite absolue du cyclisme mondial lors des Championnats du monde 2025 à Kigali, au Rwanda. Vainqueur du contre-la-montre élite la veille, avec un troisième titre consécutif en solitaire, Evenepoel visait le doublé historique : devenir le premier coureur à remporter à la fois le chrono et la course en ligne la même année. Mais dimanche, sur les 267,5 kilomètres d’un parcours infernal, vallonné et pavé, sa quête s’est transformée en cauchemar mécanique. Deuxième derrière l’intouchable Tadej Pogačar, il a franchi la ligne avec une frustration palpable, secouant la tête en signe de rage contenue. Une seconde place qui laisse un goût d’inachevé.
Un parcours impitoyable et un départ chaotique
Les Mondiaux rwandais, premiers organisés en Afrique, ont mis les coureurs à rude épreuve. Sept tours autour de Kigali, avec le Mont Kigali (5,9 km à 6,9 % de moyenne) et la côte de Kimihurura aux pavés traîtres, ont décimé le peloton : seuls 30 finishers sur plus de 200 partants. Evenepoel, champion olympique en titre du chrono et de la course en ligne (Paris 2024), arrivait gonflé à bloc après une saison exceptionnelle : troisième du Tour de France, vainqueur de Liège-Bastogne-Liège et de la Classique San Sebastián. Avec Soudal-QuickStep, il formait une sélection belge redoutable, incluant Ilan Van Wilder, son lieutenant clé.
Mais le sort en a décidé autrement dès les premiers kilomètres. À peine lancé, Van Wilder chute lourdement, abandonnant sur-le-champ et laissant Evenepoel sans appui majeur. Pire, sur le Mont Kigali pour la troisième ascension, à 104 km de l’arrivée, Pogačar lance son attaque décisive. Seul Juan Ayuso et Isaac del Toro suivent brièvement, avant que le Slovène ne les largue pour un solo légendaire de 66 km. Evenepoel, coincé dans un troisième groupe, doit déjà chasser dans le vide, perdant du temps précieux sur les pentes raides où il excelle pourtant en grimpeur.
Les changements de vélo : une fureur justifiée ?
C’est là que le calvaire mécanique s’abat sur le Belge. D’abord, un trou dans la route déforme sa selle juste avant le Mont Kigali, déséquilibrant sa position et provoquant des crampes invalidantes. Incapable de pousser correctement, Evenepoel doit stopper pour un premier changement de vélo, perdant de précieuses secondes. « J’ai roulé sur un trou, et la selle s’est décalée. Ça m’a mis dans une position horrible, avec des douleurs au dos et des crampes partout« , confiera-t-il plus tard.
Mais le pire suit sur la côte de Kimihurura. Furieux, il gesticule, tape sur sa selle et signale un second problème – un frottement fantôme ou une position inconfortable. Il change à nouveau de machine, mais le staff belge est perplexe : le mécano Dario Kloeck vérifie trois fois et jure qu' »il n’y avait rien d’anormal sur le deuxième vélo« . Malgré cela, Evenepoel, convaincu du contraire, repart avec un troisième vélo, dont la selle le contraint à une troisième intervention mineure. Il tape même dessus pour l’ajuster, sous les yeux effarés des caméras. Ces arrêts cumulés ? Près de 88 secondes, l’écart exact sur Pogačar. « J’étais en train de me battre contre moi-même« , lâche-t-il, les traits tirés.
À 20 km de l’arrivée, Evenepoel tente une contre-attaque héroïque pour revenir, mais les efforts déployés pour recoller, combinés aux pannes, l’ont vidé. Il termine deuxième, à 1’28 » du Slovène, devançant Ben Healy (Irlande) de 48 secondes. Une médaille d’argent qui, pour lui, sonne comme un échec. « Je me sentais super fort aujourd’hui. Frustré, parce que je sais que ça aurait pu être différent« , avoue-t-il, slumps sur sa machine à l’arrivée.
Un talent immense, une rage de vaincre
Né en 2000 à Aalst, fils de l’ancien pro Patrick Evenepoel, Remco a switché du foot (Anderlecht, PSV) au vélo en 2017, pour dominer les juniors dès 2018. Pro chez Deceuninck-QuickStep en 2019, il a enchaîné les exploits : titre mondial chrono 2022-2023-2024-2025, Olympic double 2024, et un podium au Tour. À 25 ans, il est le rouleur-grimpeur par excellence, souvent comparé à un jeune Eddy Merckx.
Cette seconde place, malgré la malchance, renforce son aura. « Remco est trop bon », admettait Pogačar après son chrono. Mais pour Evenepoel, c’est le feu qui le consume : sa fureur post-course, visible dans chaque geste, montre un mental d’acier. Le staff belge critique les tactiques précoces, mais lui assume : « On a tout donné ». Avec ces Mondiaux, il ajoute une ligne à son palmarès, mais surtout une motivation féroce pour 2026.
En quittant Kigali sous un soleil de plomb, Evenepoel n’oublie pas : l’or était à portée, volé par un vélo maudit. Une leçon pour un champion qui ne tolère que la victoire.