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Dans l’effervescence des premiers Championnats du monde de cyclisme organisés en Afrique, Marlen Reusser a enfin concrétisé son rêve en remportant le contre-la-montre élite féminin. La Suissesse de 32 ans, qui avait déjà goûté à trois médailles d’argent consécutives sur cette distance (2021, 2022 et 2023), a dominé un parcours exigeant de 31,2 kilomètres, marqué par des ascensions abruptes et une altitude de 1 850 mètres qui a mis à rude épreuve les poumons des compétitrices. Avec un temps de 42 minutes et 18 secondes, Reusser a devancé Anna van der Breggen, la Néerlandaise revenue de retraite, de 45 secondes, et sa compatriote Demi Vollering de 1 minute et 12 secondes. Ce maillot arc-en-ciel tant convoité marque un tournant dans la carrière de la coureuse de l’équipe FDJ-Suez, qui avait souvent frôlé la victoire face à des rivales comme Ellen van Dijk ou Chloé Dygert.
Le circuit, conçu pour tester la puissance pure autant que l’endurance, partait du centre-ville de Kigali pour s’enfoncer dans les collines environnantes, avec un dénivelé cumulé de 350 mètres. L’altitude rwandaise, inhabituelle pour la plupart des Européennes, a joué un rôle décisif : les coureuses ont dû adapter leur rythme pour contrer l’hypoxie, et Reusser, habituée aux hauteurs des Alpes suisses, a su en tirer parti. « C’est un rêve qui devient réalité, a-t-elle déclaré à l’arrivée, les larmes aux yeux. Ces trois podiums m’ont appris la patience, et aujourd’hui, tout s’est aligné. » Sa performance a été impeccable : un départ explosif sur les premiers kilomètres plats, une gestion parfaite des montées où elle a creusé l’écart, et une descente technique maîtrisée qui a scellé sa victoire.
Cette édition 2025, la 98e des Championnats du monde UCI, est historique pour son ancrage africain. Kigali, « la ville des mille collines », accueille pour la première fois cet événement majeur, sous l’égide de l’Union Cycliste Internationale qui vise à promouvoir le cyclisme sur le continent. Plus de 200 nations sont représentées, et l’arrivée massive de coureuses africaines, comme l’Éthiopienne Ruth Kotu qui a terminé 15e, symbolise cette ouverture. Pour Reusser, cette victoire n’est pas seulement personnelle : elle inspire une génération de jeunes Suissesses, dans un pays où le cyclisme féminin explose. Sa coéquipière Elise Chabbey, 6e aujourd’hui, a salué « une leader exemplaire qui élève tout le monde ».
Au-delà du chrono, cette journée ouvre la voie aux courses en ligne du week-end. Van der Breggen, championne olympique 2020, avait surpris par son retour surprise après trois ans d’absence pour maternité. « Je suis venue pour le challenge, pas pour la gloire, a-t-elle dit. Marlen mérite tout. » Vollering, quant à elle, prépare déjà la route pour les Pays-Bas en course en ligne. Avec ce triomphe, Reusser porte le flambeau d’une Suisse dominante en chrono féminin, succédant à des légendes comme Jeannie Longo. Les organisateurs rwandais, fiers de leur succès logistique – routes impeccables et public enthousiaste –, prévoient déjà un héritage durable pour le cyclisme local. Demain, place aux juniors, mais l’ombre de Reusser plane déjà sur l’ensemble de la semaine.