Franck Bonnamour, né le 20 juin 1995 à Lannion en Bretagne, est un ancien coureur cycliste français dont la carrière, marquée par des moments de gloire et une fin abrupte, reflète les défis et les complexités du cyclisme professionnel moderne. Issu d’une famille de cyclistes, il a gravi les échelons du sport avec talent et détermination, avant de voir son parcours bouleversé par des accusations de dopage qui l’ont conduit à prendre sa retraite prématurément en 2024, à l’âge de 29 ans. Voici un portrait complet de cet athlète, de ses origines à son statut actuel.
Une enfance dans le sillage du cyclisme
Franck Bonnamour est né dans un environnement où le vélo était bien plus qu’un loisir : une tradition familiale. Son père, Yves Bonnamour, a été coureur professionnel dans les années 1980 et 1990, tandis que sa mère, Christine Gourmelon, a remporté le titre de championne de France sur route dans la catégorie espoir en 1981. Cette hérédité cycliste a naturellement influencé le jeune Franck, qui a grandi à Lannion, une petite ville bretonne connue pour son attachement au sport.
Dès son plus jeune âge, Franck montre un talent précoce. En 2011, à seulement 16 ans, il devient champion de Bretagne sur route dans la catégorie cadets, un premier signe de son potentiel. L’année suivante, il intègre l’équipe junior de Lannion et remporte la première étape de Liège-La Gleize, terminant deuxième au classement général. En 2013, son ascension se confirme avec un titre de champion d’Europe sur route juniors, une performance qui le place parmi les espoirs les plus prometteurs de sa génération. Ces succès précoces, face à des concurrents comme Mads Pedersen ou Mathieu van der Poel, futurs champions du monde, témoignent d’un talent brut et d’une détermination déjà bien ancrée.
Une carrière professionnelle en dents de scie
Bonnamour passe professionnel en 2016 avec l’équipe Fortuneo-Vital Concept (devenue plus tard Arkéa-Samsic), après une période de stagiaire chez Bretagne-Séché Environnement en 2014. Ses premières années dans le peloton pro sont marquées par une progression régulière mais sans victoires éclatantes. Il faut attendre 2021 pour que le Breton se révèle au grand public. Lors de son premier Tour de France avec l’équipe B&B Hotels, il se distingue par son style offensif, multipliant les échappées et terminant 22e au classement général. Cette performance lui vaut le prix de la combativité générale (Super Combatif), une reconnaissance de son courage et de son panache, bien qu’il n’ait remporté aucune étape individuelle.
En 2022, Bonnamour décroche enfin sa première victoire professionnelle à La Polynormande, une course d’un jour en France. Cette saison est également marquée par des places d’honneur, comme une deuxième place au Tour du Limousin et une sixième place à la Bretagne Classic. Ces résultats attirent l’attention de l’équipe AG2R Citroën (rebaptisée Decathlon-AG2R La Mondiale), qui le recrute pour les saisons 2023 et 2024. Cependant, sa première année au sein de cette formation WorldTour est ternie par des blessures, notamment une fracture au pied droit suite à une chute au Tour des Alpes-Maritimes et du Var, qui le tient éloigné des compétitions pendant plusieurs semaines.
La controverse du dopage : la carrière brisée de Franck Bonnamour
Le tournant décisif de la carrière de Franck Bonnamour survient début 2024. Le 5 février, l’Union Cycliste Internationale (UCI) annonce sa suspension provisoire en raison d’« anomalies non expliquées dans son passeport biologique ». Ces irrégularités, détectées dans des tests remontant à 2018 et 2022 (notamment lors de la 20e étape du Tour de France 2022), précèdent son arrivée chez Decathlon-AG2R. L’équipe, invoquant son engagement pour un cyclisme éthique, le suspend immédiatement et met fin à son contrat le 26 mars 2024, laissant Bonnamour sans employeur et dans l’incertitude.
Le passeport biologique, introduit en 2008, est un outil clé de la lutte antidopage, permettant de suivre les marqueurs biologiques d’un coureur pour détecter des variations suspectes, même en l’absence de test positif à une substance spécifique. Dans le cas de Bonnamour, les anomalies suggèrent une possible manipulation sanguine, une accusation grave qu’il conteste fermement. « Je n’ai jamais utilisé de produits interdits ni pratiqué de manipulation sanguine », déclare-t-il sur les réseaux sociaux en mars 2024, affirmant avoir toujours respecté les règles et s’être soumis aux nombreux contrôles exigés par le sport.
Déterminé à prouver son innocence, Bonnamour engage des avocats et des experts scientifiques, dépensant des milliers d’euros – notamment 4 000 € pour un biologiste dont les recherches, financées en partie par l’Agence mondiale antidopage (AMA), se sont finalement arrêtées avant de produire un rapport définitif. Il vend même son appartement pour financer sa défense, mais les coûts exorbitants et l’incertitude d’un processus pouvant durer des années ont raison de sa détermination.
Où en est Franck Bonnamour après une retraite forcée ?
Le 14 novembre 2024, dans une interview accordée à Ouest-France, Franck Bonnamour annonce sa retraite, mettant un terme définitif à huit années de carrière professionnelle. « Continuer cette procédure est trop cher. Je ne peux pas me permettre de tout perdre et attendre deux ou trois ans pour un jugement final », explique-t-il. Acceptant la sanction proposée par l’UCI – une suspension de quatre ans – pour éviter une ruine financière, il renonce à se battre, bien qu’il maintienne n’avoir jamais triché. « Je sais ce que j’ai fait et ce que je n’ai pas fait », ajoute-t-il, amer mais résigné.
À 29 ans, Bonnamour se retrouve aujourd’hui loin des pelotons. Les derniers mois ont été éprouvants sur le plan émotionnel : soutenu par sa famille, il a également eu recours à un suivi psychologique pour surmonter la peur de l’avenir. Sans diplôme ni expérience professionnelle hors du cyclisme, il doit désormais se réinventer, une tâche ardue après une vie dédiée à la petite reine. « Après une vie sur un vélo, ce n’est pas facile », confie-t-il.
Bien qu’il n’ait jamais été contrôlé positif à une substance interdite, les anomalies de son passeport biologique ont suffi à sceller son destin, illustrant la rigueur – et parfois la brutalité – du système antidopage actuel. Son histoire reste un rappel poignant des sacrifices et des pressions qui pèsent sur les athlètes, même ceux qui, comme lui, clament leur innocence jusqu’au bout.