Né le 19 janvier 1995 à Kapellen, en Belgique, fils d’Adrie van der Poel (Néerlandais, champion du monde de cyclo-cross, vainqueur du Tour des Flandres et de Liège-Bastogne-Liège) et de Corinne Poulidor, fille de Raymond Poulidor. Oui, ce Poulidor. L’éternel second, le type qui a fini huit fois sur le podium du Tour sans jamais enfiler le maillot jaune. Le grand-père le plus populaire de France, celui que les villages de la Creuse traitaient comme un saint laïque.
Un cocktail génétique que la France voudrait bien récupérer
Par sa mère, Mathieu a la nationalité française. Par son père, la néerlandaise. Par le lieu de naissance, il aurait même pu réclamer la belge. Il n’a jamais demandé. Il n’a jamais vécu aux Pays-Bas non plus. Il a grandi en Flandre, il parle avec un accent flamand que beaucoup de Hollandais comprennent à peine, il habite encore près d’Anvers, il roule pour une équipe belge et, selon un ancien camarade de classe, « il aime les frites, donc c’est un vrai Flamand ».
La France, elle, le regarde et voit du sang Poupou. Donc, forcément, « il devrait être à nous ».

La nationalité sportive, ce piège administratif que personne n’explique au café du commerce
Le vrai verrou n’est pas romantique. C’est administratif, et c’est fermé depuis l’enfance.
Dans le cyclisme, la nationalité sportive se décide au moment de la première licence. Une fois que tu es enregistré dans une fédération, changer de drapeau n’est pas un caprice : il faut une procédure UCI, des délais, des conditions. Van der Poel a pris sa première licence chez les Néerlandais. Son père l’a orienté vers la filière orange très tôt. Championnats des Pays-Bas juniors, titres nationaux, filière cyclo-cross ultra-structurée aux Pays-Bas et en Flandre. Le choix était fait avant qu’il ait l’âge de comprendre que les Français allaient un jour hurler « mais il est à nous ! » devant leur télé.
David Lappartient, président de l’UCI et Français jusqu’à la moelle, l’a dit tout haut : « C’est dommage pour nous qu’il ait choisi les Pays-Bas. Avec une mère française, il aurait pu courir pour la France. Il parle même couramment français. On l’aurait accueilli les bras ouverts. » Traduction : on a raté le timing, et maintenant on fait la gueule.
Van der Poel, lui, s’en fout un peu. Il a déclaré quelque chose du genre : « Je me sens un mélange. Un peu français, un peu néerlandais, un peu belge. Je n’en fais pas une religion. » Autrement dit : les drapeaux, c’est votre problème, pas le mien. Il gagne Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, Milan-Sanremo, le championnat du monde sur route, huit titres mondiaux de cyclo-cross, et vous voulez qu’il remplisse un formulaire pour vous faire plaisir.
Le paradoxe Poupou : la France l’adore parce qu’il a réussi ce que le grand-père n’a jamais fait
Là où ça devient cruel, c’est en 2021. Premier Tour de France. Étape du Mur de Bretagne. Van der Poel attaque, gagne, prend le maillot jaune. Celui que Raymond Poulidor n’a jamais porté en quatorze participations. Le petit-fils pointe le ciel, fond en larmes. Toute la France fond avec lui. L’équipe Alpecin avait même enfilé un maillot violet et jaune en hommage à Mercier, l’équipe de Poupou. Belle image. Très française. Sauf que le type qui porte le jaune est néerlandais.
Poulidor, de son vivant, répétait que le gamin était un phénomène. Il l’emmenait dans le village départ du Tour, le présentait partout. « Celui-là, vous verrez. » Il est mort en 2019. Il n’a pas vu le jaune. L’ironie est assez grasse pour nourrir un département entier.
La France aime Van der Poel parce qu’il est le petit-fils de Poulidor. Pas parce qu’il a grandi à Saint-Léonard-de-Noblat. Il n’y a pas grandi. Il y est allé pour les obsèques et pour une étape du Tour. Il parle français, oui. Il aime le public français, oui. Il a dit : « Si on me considère comme Français, c’est grâce à mon papy. » Exactement. Grâce au papy. Pas grâce à une enfance à Limoges ou à une licence FFC.